nouvelle-voix-89

Mercredi 4 avril 2007 3 04 /04 /2007 19:10

Il est dusage de considérer que sagissant de la sécurité de notre pays, les bases dun consensus existent.

 

Ne faudrait-il pas plutôt commencer par sinterroger sur les conditions de notre sécurité et vérifier ensuite si celles-ci font consensus ?

 

Le contexte international dans lequel ont été conçus les fondamentaux de notre politique étrangère a, en 20 ans, complètement changé.

 

La France sétait, dans la logique des blocs, forgée la place de lami fidèle mais exigeant, libre dans ses analyses, son expression comme parfois dans ses actes. Cette autonomie sappuyait sur le statut de membre permanent du Conseil de sécurité, le bénéfice dune zone dinfluence, la possession de larme nucléaire et une réelle richesse économique.

 

Leffondrement du Mur de Berlin, la mondialisation de léconomie, lémergence de nouvelles puissances ont bouleversé la donne et paradoxalement mis en doute les arguments selon lesquels le changement de lordre du monde pourrait nous être plus favorable.

 

Laffaiblissement (relatif) de « lhyperpuissance » américaine, dont témoigne la crise irakienne, na pas eu pour effet, comme par compensation, daccentuer linfluence de lEurope : non seulement notre opposition à la guerre na pas empêché les Etats-Unis dy recourir, mais nous en subissons directement, et à notre corps défendant, les conséquences néfastes (menace terroriste, déstabilisation de nos intérêts au Proche-Orient).

 

La multipolarisation qui samorce par ailleurs fait planer la menace dun «oligopole» mondial ou dun condominium doù lEurope serait exclue, et par lequel les principales « puissances - continent » sefforceraient de gérer les équilibres du monde.

 

Il est donc urgent pour la France comme pour lEurope de modifier leur vision des choses, définir leurs intérêts vitaux et organiser leur diplomatie, comme leur effort de défense, en fonction de ceux-ci.

 

Lun des enjeux, et non des moindres, est, dans ce cadre, de rénover le système international (à commencer par lONU), dont le statu quo, de plus en plus contesté, nest plus tenable à moyen terme.

 

Ces questions sont celles que Nouvelle Voix na pas hésité à aborder lors de sa dernière réunion mensuelle dont le compte rendu vous sera rapidement adressé.

 

Certes, la Gauche comme lEurope en général ne sont guère à laise avec la notion de « puissance ». Il faut pourtant quelles se la réapproprient sauf à laisser les autres en assurer lexercice.

 

Par Gaetan GORCE - Publié dans : nouvelle-voix-89
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Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /2007 22:26

Les déclarations de Michel Rocard sont venues jeter un peu plus de confusion dans un débat qui nen manquait pas. Sil sagit daffirmer que Ségolène Royal ne pourra lemporter quà la tête dun large rassemblement de second tour, cest enfoncer une porte ouverte. Mais après tout, en politique, la pédagogie consiste aussi à montrer, comme disait lautre, que les portes sont ouvertes ou fermées. En clair, une frange importante des Français nest pas prête à accepter la dérive organisée par le candidat de lUMP et peut se retrouver dans une politique courageuse de réforme économique et sociale. Sil sagit en revanche de penser que François Bayrou pourrait constituer laxe autour duquel ce rassemblement pourrait sopérer lerreur, alors, est double : tactique puisque ces déclarations surviennent au moment où la priorité, au contraire, doit être donnée à la fixation des votes pour le 1er tour ; politique ensuite, puisquun tel rassemblement nest concevable quautour dun projet, ce dont François Bayrou, chacun la bien vu à ses errements dans cette campagne, est totalement dépourvu.

 

Comment ne pas y voir dailleurs aussi une facilité : faute dêtre capable de se réformer, le Parti socialiste irait concéder une partie de lesprit de réforme à un éventuel partenaire centriste, avalisant un nouveau partage des rôles dont Nouvelle Voix a déjà eu loccasion de dire tout le mal quil fallait en penser. Se résigner à une telle option reviendrait à penser que le Parti socialiste serait définitivement incapable de changer.

 

La victoire pour la Gauche et sa candidate est bien au bout dun défi : après lavoir amorcés, réussir la rénovation, le changement du logiciel socialiste en lassociant désormais étroitement léconomique et le social, en préparant ce pays à relever les défis de la mondialisation sans rien céder sur ses valeurs de solidarité et de justice. Cest en quelque sort un « socialisme des individus » quil nous faut inventer qui réconcilie la liberté et légalité autour de la valeur de dignité de la personne humaine. Une telle approche, qui justifie lémergence de contre pouvoir, pour garantir par exemple la diversité culturelle, le pluralisme de linformation, etc. ; qui permet de refonder les protections sociales sur les réalités nouvelles du travail et de la société, peut et doit constituer la base sur laquelle pourra sopérer une vraie recomposition politique qui doit dabord être « intellectuelle et morale ».

 

Par Gaetan GORCE - Publié dans : nouvelle-voix-89
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Mardi 1 mai 2007 2 01 /05 /2007 21:30
C'est ce que font craindre les réactions, disproportionnées, de Nicolas
Sarkozy au projet de débat Royal / Bayrou. Le candidat de l'UMP ne supporte
manifestement pas que les choses lui échappent. Il trépigne à l'idée d'être
tenu à l'écart. Pour lui, la question n'est jamais celle du pourquoi mais du
comment. Il agit, il réagit, il tempête. Jamais il ne tempère. Il veut
empêcher car jamais il n'encourage ...

Ségolène a fait preuve dans cette affaire, c'est vrai, d'un goût du risque,
d'un esprit de mouvement que j'ai déjà salué et qui illustre, plus que
n'importe quel discours, sa liberté. Mais plus encore sa volonté sincère, en
faisant bouger les lignes, de rénover notre démocratie ! En comparaison, et
n'en déplaise à mon honorable correspondante, la vision de Nicolas Sarkozy,
fondée sur le rapport de force, le pilonnage à partir des positions
acquises, semble incroyablement vieillotte, traditionnelle, pour tout dire
décalée, dépassée.

Que le candidat de l'UMP veuille le pouvoir, chacun l'aura compris. Qu'il
veuille tout le pouvoir, sans compromis ni limite ; qu'il veuille même entre
ces deux tours occuper à lui seul déjà tout l'espace, chacun en revanche
s'en inquiète. Chez lui, à la différence de Ségolène, nul projet de
république nouvelle ... Le rééquilibrage des institutions ? Le renforcement
du Parlement ? L'affirmation de nouveaux contre pouvoirs ? Non pas un «
nouveau rêve », mais un cauchemar ! La participation des citoyens ne fait
pas partie de son horizon et encore moins de sa méthode. Je continue à
penser, et à écrire, qu'il témoigne ainsi d'une conception de la société qui
n'est ni moderne, ni d'avenir. A l'inverse, je pense que la politique est un
débat plus qu'un combat ; l'économie un projet plus qu'une compétition ; la
société moins un ordre à défendre qu'une solidarité à construire.

Valérie Pecresse se plaint du flou du programme de Ségolène. Cent
propositions ne lui suffisent pas ! Paradoxalement, à Ségolène non plus !
Puisqu'elle se place résolument, jour après jour, dans une perspective de
mouvement, de changement profond, dont son élection sera l'amorce et
peut-être même par son impact, devrais-je dire, le détonateur.

Alors que plus des deux tiers des électeurs sont restés insensibles à son
message, Nicolas Sarkozy s'accroche à la frontière qu'il a tracée. Il n'a
pas conscience de s'y être enfermé. Loin de rassembler, il veut tirer à lui
derrière cette ligne, comme il l'a fait avec une partie des électeurs de
l'extrême droite, celles et ceux qui sont restés rétifs à sa démarche. Loin
d'ouvrir, il veut refermer. Et loin de convaincre les élus UDF, il veut les
contraindre. Les pressions qu'il exerce, s'appuyant sur son très « riche »
réseau d'amis, pour empêcher un débat qui le gène confine ainsi à la
caricature ...

Valérie Pecresse feint d'ignorer tout cela. Elle se plie ainsi aux exigences
d'un comportement politique qui ne laisse à sa génération que le choix entre
se soumettre et se démettre. Mais n'y a-t-il pas mieux que la lutte des
places, la rivalité pour Matignon, l'espérance d'un maroquin ... N'y a-t-il
pas mieux à espérer des idées, des projets, de notre démocratie ... ?

J'achevais ce week-end, une fois les bureaux de vote fermés, les écrans
éteints, le prodigieux roman de Cormac Mc Carthy, portrait brutal d'une
Amérique livrée à la violence et au chaos, témoignage sans concession de ce
que produit une société où la compétition sauvage aurait supprimé tous les
repères : « Ce pays n'est pas pour le vieil homme ». Et je me disais
refermant cet ouvrage et relisant son titre : « Ce pays n'est pas pour
Sarkozy ? » ...
Par Gaetan GORCE - Publié dans : nouvelle-voix-89
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