NOUVELLE VOIX
GROUPE DE REFLEXION DES SOCIALISTES DE L'YONNE
Plus la campagne avance et plus ressort la différence de nature profonde qui
sépare les projets de Sarkozy et de Royal, permettant enfin au pays un vrai
choix.
Le premier désaccord porte sur les leçons à tirer de la crise civique dans
laquelle est plongé notre pays. Dans la défiance exprimée à l'égard de la
politique, Ségolène Royal a puisé la conviction de l'absolue nécessité de
refonder le Pacte Présidentiel sur la participation et l'adhésion des
citoyens. Il lui a fallu pour y parvenir utiliser de nouveaux vecteurs (les
forums participatifs), rôle que les partis, en retard de réformes, peinaient
à assumer.
Le projet de Nicolas Sarkozy est né au contraire d'un rapport : celui de
l'ancien président du FMI, Michel Camdessus, qu'il désigna immédiatement
comme son « livre de chevet ». La méthode n'est plus celle du débat mais de
l'argument d'autorité, asséné par un discours de dramatisation, destiné à
faire accepter des ruptures présentées comme inévitables. L'analyse et la
pédagogie cèdent alors la place à l'incantation ; la démarche n'est plus de
proposer d'ouvrir le débat avec le pays, mais d'inviter celui-ci à déléguer
le pouvoir, préférant le plébiscite à l'adhésion républicaine.
Le deuxième désaccord porte sur la source des difficultés de notre pays.
Réactualisant le discours conservateur, Nicolas Sarkozy fustige
l'irresponsabilité d'une société d'assistance et promet de n'aider que ceux
qui peuvent s'aider tout seul ; clamant sa confiance dans l'individu, il
invite celui-ci à trouver par ses seules ressources (oubliant les inégalités
qui affectent leur répartition) les solutions aux défis du travail, de la
promotion sociale ou du pouvoir d'achat. Faisant l'impasse sur les relations
collectives de travail, ignorant la précarité de l'emploi, il ramène le
droit du travail à celui du contrat, réinventant l'illusion d'un face à face
entre les personnes (le salarié et l'employeur), supposées à égalité de
droit et de devoir. Le revenu ne se négocie et ne se partage plus : il doit
se mériter.
Enfin, remettant au goût du jour la rengaine de l'Etat écrasant, il promet
une baisse des charges qui sonne, sans l'assumer, comme l'annonce d'une
réduction drastique des prestations sociales, oubliant du même coup que si
c'est d'abord parce qu'elle socialise plus largement des dépenses
indispensables à la solidarité, en matière de santé et de retraite, que les
Français devront de toutes façon payer.
A ce défi, Ségolène Royal répond par une nouvelle vision du rôle de la
puissance publique. L'échec de l'Etat social est patent, elle ne le nie pas
: trop de chômage, une formation professionnelle qui oublie les plus
fragiles, des ruptures de droits, liées aux ruptures de statuts, des
dépenses croissantes pour une efficacité vacillante. Mais à la rupture elle
préfère le changement, c'est-à-dire la réforme : de l'assurance chômage, à
travers un contrat de droit et de devoir ; de la formation professionnelle,
qui doit prémunir les salariés contre les nouveaux risques de la
déqualification ; du financement qui doit, à taux de prélèvements constant,
faire participer fortement les revenus du capital. Sa conviction est que la
défaillance de notre système social ne tient pas à son principe même mais à
la coupure qui le sépare désormais du système économique. Elle attend d'une
nouvelle alliance du social, de l'écologique et de l'économique, une
cohérence cimentée par l'appel à l'innovation. Pour y parvenir, elle utilise
des idées neuves à gauche : l'efficacité de la dépense publique, le recul de
la dette sociale, la responsabilisation des citoyens. Mais c'est pour mieux
conforter son ancrage : la formation et l'élévation du niveau des
connaissances doivent contribuer à l'amélioration de la productivité, la
création de richesse et par conséquent à l'élévation du pouvoir d'achat ; la
réforme de l'Etat, à travers notamment la régionalisation, indispensable au
développement des formations, des nouvelles technologies et des grands
équipements donne un nouveau souffle au service public ; la lutte contre
l'endettement et la stabilisation de la dette sociale doivent garantir
l'avenir de nos systèmes de solidarité.
Le désaccord est enfin total sur le projet et la méthode.
Nicolas Sarkozy renoue avec le discours de l'autorité et confond le
volontarisme politique avec le rôle de l'état, paradoxe de ce partisan du «
laisser-faire » qui garde une réelle défiance vis-à-vis de la société et de
ses mouvements. La décentralisation est absente de son projet ; la
revalorisation du Parlement n'y figure que pour mémoire et le dialogue
social doit passer sous les fourches caudines des cent jours : service
minimum et limitation du droit de grève.
Ségolène Royal veut, à l'opposé, bâtir le retour de la confiance sur la
participation des citoyens : sa politique de l'emploi repose sur la
mobilisation des partenaires sociaux et des collectivités régionales ; la
réforme ne pourra être que progressive parce qu'associant ceux qu'elle
concerne pour dépasser les oppositions et les clivages. Le Parlement devra
pouvoir se faire l'écho des grands débats de société et garantir, par son
contrôle, le respect de la parole donnée, conforté par la suppression du
cumul des mandats.
Au total, les deux projets conduisent à deux modèles : les deux sont
possibles, mais ils n'auront pas les mêmes conséquences. A chacun d'entre
nous de choisir
Gaëtan Gorce, Député de
Vincent Delille, Economiste.
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