NOUVELLE VOIX
GROUPE DE REFLEXION DES SOCIALISTES DE L'YONNE
Un cri persan
Eloigné pour un temps des machines de la communication moderne, mon ami
Gaëtan Gorce m’a demandé de le suppléer pour cette fois, ce que j’ai accepté
de fort bon gré. Suivre pour quelques jours une campagne élyséenne au pays
de Descartes me semblait une faveur inespérée. J’abandonnais sur l’heure les
plaisirs de la lecture et la quiétude de ma petite nation pour me plonger
dans votre politique avec ravissement. Je fus bien puni de cette légèreté.
Bercé par les roulis de mon voyage sur rail, je trouvais à Paris une gare en
tumulte, livrée aux vandales du Nord. A cette nouvelle, j’eus le sentiment
que la douce France de la chanson était désormais en proie aux tristes
violences d’un monde sans règle.
Ouvrant la télévision pour y trouver quelque réconfort, j’approuvais les
déclarations du candide de l’UMP, indiquant avec force mimiques, destinées
je suppose à faire partager son ire par les malentendants, que cela «
n’avait que trop duré ». Mais c’était aussitôt pour apprendre qu’il venait
tout juste de quitter le Conseil du Prince et que les années qu’il
stigmatisait ainsi étaient justement celles qu’il avait passées comme
ministre de
m’avait adressée de Venise : « la bonne foi est l’âme d’un grand ministère »
y écrivait-il avec sagesse. Ma surprise devait heureusement un peu s’apaiser
lorsque le même candide m’expliqua, toujours dans l’étrange lucarne, avec
une louable pédagogie, les enjeux du débat présidentiel. Monsieur Sarkozy,
puisque c’est lui dont il s’agit, et qui porte avec aisance le prénom de
grands tsars, me donnait enfin l’explication de ce qui séparait les deux
camps en présence.
D’un côté, disait-il, et j’en fus rassuré, le candidat des honnêtes gens.
Son programme ainsi défini, mon soutien lui fut, comme il est de bon sens,
aussitôt acquis ! De l’autre, se plaignait-il, et mon indignation fut à son
comble, des candidats, Ségolène et François, n’hésitant pas à soutenir les
voyous et à leur trouver des excuses. Sa juste colère faisait plaisir à
voir. Le droit avait trouvé son défenseur et la lutte du bien contre le mal
ne pouvait avoir qu’une issue. Pourtant, prenant connaissance de ces
curieuses photographies de l’opinion, prises à contre jour et appelées
sondages, je sursautais à nouveau : Monsieur Sarkozy n’obtenait qu’entre 25%
et 30% des intentions de vote ! Les « honnêtes gens » étaient-ils devenus en
France si peu nombreux ? Et comment alors qualifier les autres ? Les heures
passant, et sachant que je devais rendre compte de mes impressions, je
sentais monter en moi une sorte de désarroi. Celui-ci fut à son comble
lorsque je prenais connaissance des déclarations d’un Puissant, dont j’avais
ouï dire qu’il avait occupé des charges importantes dans les Palais, qui
éructait depuis des terres lointaines (une distance de décence ?) contre une
école nationale d’administration que, dans son agitation, il proposait de
remplacer par un établissement identique, mais doté d’un autre nom.
Bouleversé, j’attendais avec impatience la fin d’un voyage que je regrettais
déjà d’avoir accompli et que j’avais eu tort de juger bien simple à résumer.
Je m’apprêtais à reprendre le rail lorsque j’entendis la présidente du
Comité de soutien de Monsieur Sarkozy (soutien dont j’avais la faiblesse de
penser qu’il devait s’étendre de sa personne à son projet) qualifier une de
ses propositions phares de « dangereuse, plus grave qu’une simple imprudence
». Il faut dire qu’en Important qu’il est, le candide de l’UMP avait associé
l’Etranger à une menace pour son pays, pays qui m’accueillait à l’instant et
où je me sentis soudain presque importun.
Aussi, j’interrogeais mon ami Usbek pour y comprendre, à plus de 250 ans de
distance, quelque chose. Sa réponse fut terrible et hâta mon départ : « tu
sais, me dit-il, que j’ai longtemps voyagé dans les Indes. J’y ai vu une
nation naturellement généreuse, pervertie en un instant … par le mauvais
exemple d’un ministre ». Fort heureusement, me disais-je pour me
réconforter, il s’agissait d’un autre continent et de temps bien lointains …
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