C'est ce que font craindre les réactions, disproportionnées, de Nicolas Sarkozy au projet de débat Royal / Bayrou. Le candidat de l'UMP ne supporte manifestement pas que les choses lui échappent. Il trépigne à l'idée d'être tenu à l'écart. Pour lui, la question n'est jamais celle du pourquoi mais du comment. Il agit, il réagit, il tempête. Jamais il ne tempère. Il veut empêcher car jamais il n'encourage ...
Ségolène a fait preuve dans cette affaire, c'est vrai, d'un goût du risque, d'un esprit de mouvement que j'ai déjà salué et qui illustre, plus que n'importe quel discours, sa liberté. Mais plus encore sa volonté sincère, en faisant bouger les lignes, de rénover notre démocratie ! En comparaison, et n'en déplaise à mon honorable correspondante, la vision de Nicolas Sarkozy, fondée sur le rapport de force, le pilonnage à partir des positions acquises, semble incroyablement vieillotte, traditionnelle, pour tout dire décalée, dépassée.
Que le candidat de l'UMP veuille le pouvoir, chacun l'aura compris. Qu'il veuille tout le pouvoir, sans compromis ni limite ; qu'il veuille même entre ces deux tours occuper à lui seul déjà tout l'espace, chacun en revanche s'en inquiète. Chez lui, à la différence de Ségolène, nul projet de république nouvelle ... Le rééquilibrage des institutions ? Le renforcement du Parlement ? L'affirmation de nouveaux contre pouvoirs ? Non pas un « nouveau rêve », mais un cauchemar ! La participation des citoyens ne fait pas partie de son horizon et encore moins de sa méthode. Je continue à penser, et à écrire, qu'il témoigne ainsi d'une conception de la société qui n'est ni moderne, ni d'avenir. A l'inverse, je pense que la politique est un débat plus qu'un combat ; l'économie un projet plus qu'une compétition ; la société moins un ordre à défendre qu'une solidarité à construire.
Valérie Pecresse se plaint du flou du programme de Ségolène. Cent propositions ne lui suffisent pas ! Paradoxalement, à Ségolène non plus ! Puisqu'elle se place résolument, jour après jour, dans une perspective de mouvement, de changement profond, dont son élection sera l'amorce et peut-être même par son impact, devrais-je dire, le détonateur.
Alors que plus des deux tiers des électeurs sont restés insensibles à son message, Nicolas Sarkozy s'accroche à la frontière qu'il a tracée. Il n'a pas conscience de s'y être enfermé. Loin de rassembler, il veut tirer à lui derrière cette ligne, comme il l'a fait avec une partie des électeurs de l'extrême droite, celles et ceux qui sont restés rétifs à sa démarche. Loin d'ouvrir, il veut refermer. Et loin de convaincre les élus UDF, il veut les contraindre. Les pressions qu'il exerce, s'appuyant sur son très « riche » réseau d'amis, pour empêcher un débat qui le gène confine ainsi à la caricature ...
Valérie Pecresse feint d'ignorer tout cela. Elle se plie ainsi aux exigences d'un comportement politique qui ne laisse à sa génération que le choix entre se soumettre et se démettre. Mais n'y a-t-il pas mieux que la lutte des places, la rivalité pour Matignon, l'espérance d'un maroquin ... N'y a-t-il pas mieux à espérer des idées, des projets, de notre démocratie ... ?
J'achevais ce week-end, une fois les bureaux de vote fermés, les écrans éteints, le prodigieux roman de Cormac Mc Carthy, portrait brutal d'une Amérique livrée à la violence et au chaos, témoignage sans concession de ce que produit une société où la compétition sauvage aurait supprimé tous les repères : « Ce pays n'est pas pour le vieil homme ». Et je me disais refermant cet ouvrage et relisant son titre : « Ce pays n'est pas pour Sarkozy ? » ...
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