nouvelle-voix-89

Mardi 30 janvier 2007

Nous sommes un groupe de travail et de réflexion dont l’objectif est de faire entendre une nouvelle voix avec le seul souci de l'intérêt du PS :

  • D'abord pour consolider la ligne politique issue du Congrès de Dijon et confirmée lors du dernier congrès du Mans.
  • Notre conviction, c'est que dans le cadre des élections présidentielles et en parfaite cohérence avec notre candidate Ségolène Royal, notre parti doit incarner et développer un projet politique et présidentiel clair, novateur et ambitieux qui rejette à la fois le social-libéralisme, c'est-à-dire le pragmatisme dénué de référence, et le social-radicalisme, c'est à dire la surenchère privée de perspectives.
  •  

  • Notre engagement est résolument réformiste et européen. Notre but est d'affirmer et de faire entendre au sein du PS et de sa majorité une nouvelle voix franchement européenne, franchement sociale et franchement écologiste.
  •  

  • Enfin pour porter le message d'un parti rassemblé, mobilisé autour de sa candidate, nous nous fixons pour objectifs premiers de préserver et de dynamiser notre parti, outil privilégié de l'alternance, en veillant en particulier au strict respect de ses règles de fonctionnement, de la démocratie interne et de la loi de la majorité qui doit s'imposer à tous pour les orientations politiques comme pour le choix de nos candidats.

Nous invitons toutes celles et tous ceux qui souhaitent rester fidèles à leur engagement européen et veulent promouvoir un socialisme résolument ouvert, démocratique et écologiste à nous rejoindre pour faire entendre cette nouvelle voix dont la gauche face à ses responsabilités à venir, avec Ségolène Royal, a besoin.

PARMI LES PREMIERS SIGNATAIRES NATIONAUX : Gaëtan Gorce Député de la Nièvre , Jean-Louis Bianco Député des Alpes de Haute de Provence, ancien Ministre, Patrick Bloche Député de Paris, Gilles Savary Député au Parlement européen, Christophe Caresche Député de Paris, Dominique Bertinotti Maire du 4ème arr. de Paris

 PARMI LES PREMIERS SIGNATAIRES DANS L’YONNE : Guy Paris Secrétaire de la section de l’auxerrois, trésorier de la fédération du PS de l’Yonne, Denis Troester Mandataire de Ségolène Royal dans l’Yonne, Simone Paris…

 

 

Par nouvelle voix 89
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Lundi 19 mars 2007

La France est confrontée à au moins deux grandes questions : l’avenir de son économie, qui est d’abord celui de son industrie et des emplois qui y sont rattachés ; l’avenir de son système de protection sociale, qui est d’abord celui des retraites.

 

Ces deux questions appellent des réponses claires, parce que trop longtemps différées !

 

Quelle meilleure opportunité pour le faire que cette campagne présidentielle ? A quel autre moment opérer cette formidable leçon de chose sur les enjeux et l’avenir de notre démocratie ? Quel meilleur moment pour proposer des choix clairs ?

 

Cette envie de choisir, nos compatriotes la revendiquent d’autant plus que cette faculté leur a été déniée au cours des trois derniers scrutins : en 1988, en n’ayant d’autre alternative qu’une France unie ; en 1995, la fracture sociale brouillant à nouveau les frontières ; en 2002, faute d’un véritable second tour.

 

Aussi serait-ce un paradoxe que les Français fassent à travers François Bayrou, le choix du … « non choix » ? Pour l’éviter, il faut que Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal s’assument pour ce qu’ils sont l’un par rapport à l’autre, et chacun par rapport à son propre camp.

 

L’un comme l’autre ont introduit au début de cette campagne une forme de rupture. Nicolas Sarkozy avec les timidités de la droite traditionnelle. Pour la première fois, un candidat dit vraiment ce que la droite pense : au poids jugé excessif des charges, il répond par une baisse spectaculaire de 4 points des prélèvements obligatoires, ce qui revient à ramener notre société dans la moyenne européenne qui socialise moins les dépenses de santé et d’éducation ; aux règlements sociaux sensés décourager l’emploi, il répond par le contrat unique et le licenciement par consentement mutuel ; à l’exception française en matière internationale, il répond par une nouvelle forme d’alignement sur les positions américaines.

 

Ségolène Royal, elle, a cherché à rompre avec les réticences de la gauche d’hier : résolument tournée vers l’avenir, récusant le pessimisme social, elle propose un compromis gagnant entre l’économie et la solidarité ; elle veut reconstruire la protection sociale en y réintroduisant la responsabilité du citoyens ; combattre l’étouffement de l’Etat par la régionalisation, l’excès de la loi par le dialogue social. Dont acte ! Enfin une gauche de plein pied avec son temps ! Et c’est cette originalité qu’il faut faire vivre dans les prochaines semaines de la campagne. C’est cette volonté de changement, cet air nouveau, qui la fera gagner ; changement par rapport à son camp, changement aussi par rapport à la situation dans laquelle se trouve le pays.

 

Quant à François Bayrou, laissons retomber la poussière ! L’impasse stratégique dans laquelle il est enfermé et l’impasse programmatique qui caractérise le centre va apparaître à mesure que les projecteurs seront braqués sur lui.

 

Reste qu’à travers lui les électeurs soulèvent aussi la question d’un renouvellement de notre système politique. Aussi faut-il associer au changement l’appel au rassemblement (plutôt que le vote utile, même si l’effet est le même). Parce que le rassemblement est la condition du changement : comment gagner sans une majorité, traduisant la mobilisation des Français autour des réformes nécessaires et de la volonté qui les porte ? Parce que le changement est la condition du rassemblement. A quoi cela servirait-il de se rassembler s’il ne s’agissait d’apporter des solutions concrètes, efficaces, durables aux problèmes du pays ? Changement, rassemblement : nul doute qu’il s’agisse de la clef du succès !

 

Pour Nouvelle Voix, Gaëtan Gorce
Par nouvelle voix 89
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Jeudi 22 mars 2007

Au moment où l’on s’apprête à fêter le 50ème anniversaire de son traité
fondateur, l’Europe semble désorientée. Cela tient naturellement au blocage
du processus de ratification. Mais aussi à la tendance de plus en plus forte
des gouvernements, allemands et français y compris, à faire prévaloir leur
intérêt national sur l'esprit communautaire.

S'agit-il d'une crise, comme l'Union européenne en a connu de nombreuses, ou
de la fin d'un cycle ? Le changement profond du contexte international, la
chute du Mur de Berlin, la mondialisation des économies, l'élargissement à
27 ont bouleversé la donne. Dès lors, plutôt que de chercher des
accommodements et à ruser avec le destin, c'est à une véritable refondation
de l'Union européenne qu’il nous faut travailler. En préalable à toute
relance du processus, il nous faut répondre à la question si souvent posée
par Jacques Delors : "Que voulons-nous faire ensemble ?".

Les ambitions initiales de l'Union européenne restent d’une formidable
actualité : la prospérité, qui passe désormais par le renforcement de la
coopération économique dans la zone euro et l'augmentation du budget
européen; la recherche de la paix et de l'équilibre du continent, qui
soulève la question des frontières de l'Union et en particulier de
l'élargissement à la Turquie et aux Balkans ; enfin, l’influence dans le
monde, qui doit faire de l’Union l’avocat d’une régulation de la
mondialisation, de la lutte contre la prolifération nucléaire et la menace
terroriste, et de la limitation des risques de réchauffement du climat. Tous
sujets qui posent le problème de nos relations avec les Etats-Unis et la
Russie
, en particulier s’agissant de la sécurisation de nos
approvisionnements énergétiques.

La question que doit trancher l’Union, c’est celle de l'ajustement de
l'ambition qu’elle porte, du projet qui est le sien, aux institutions
qu’elle se donne ! Et ce n'est pas par des raccommodages ou des habiletés,
comme un mini traité, que l’on trouvera une réponse. C'est en faisant au
contraire un choix clair entre trois options possibles :

      Soit ajuster l'ambition de l’Union à son organisation : cette formule
prendrait acte du blocage et plaiderait pour la constitution d'un noyau dur
formé des pays fondateurs, décidés de poursuivre dans la voie de
l'intégration. Cela supposerait naturellement qu'une telle ambition soit
partagée par un nombre suffisant d'Etats, ce qui ne laisse pas d'introduire
un certain doute. Cette formule ne serait en revanche pas contradictoire
avec la poursuite de l'élargissement dans la mesure où la question serait
alors moins celle de la frontière extérieure de l'Union que celle de sa
frontière intérieure, séparant des pays décidés à aller plus loin de ceux
estimant au contraire avoir atteint un palier.

      Soit ajuster l’organisation de toute l’Union à son ambition : cette
formule plaiderait au contraire pour une relance du processus
constitutionnel dans son ensemble. Faire partager la même ambition à 27 pays
membres supposerait une renégociation globale du traité en réactivant la
formule de la Convention. Ce serait une opération vérité. Elle s'opposerait
cependant à toute poursuite de l'élargissement, une pause étant nécessaire
pour mener à terme l’objectif d'approfondissement. Elle comporterait enfin,
de grands risques d'enlisement.

      Soit, enfin, faire évoluer l'ambition et l'organisation de l’Union,
chacune à leur rythme : cette formule paraît aujourd'hui la seule
envisageable :

o       Ajuster les Institutions, en rouvrant la discussion, certes sur
l'ensemble du traité, mais uniquement sur les points identifiés comme
faisant problème. Cela supposerait de la part des pays qui ont voté "non"
qu'ils précisent leurs revendications. Un tel objectif pourrait déboucher
sur un mandat clair, donné à la présidence dès le prochain conseil de juin.
Elle présenterait l'avantage de la transparence à l'égard des opinions
publiques, et pourrait être portée par un «quartet », c'est-à-dire les
quatre Etats appelés à exercer la présidence de l'Union dans les deux ans
qui viennent.

o       Ajuster le projet, en reprenant l'idée, distincte mais forte, d'un
second traité en forme d'acte unique, autour de politiques concrètes, de
transport, d'énergie, d'investissement dans la recherche et l'enseignement
supérieur, de coopération industrielle, selon le modèle proposé par Philippe
Herzog.

A la fois pragmatique et volontaire, cette démarche aurait l’avantage de
revivifier le projet européen, de répondre à l’attente des peuples et de
faire l’économie des petits règlements de compte (comme la critique trop
facile de l’euro) auxquels chacun se livre à tort et par facilité dans cette
campagne.

A la veille de cet anniversaire, je forme le vœu que l’Europe sache
retrouver la foi en son projet et que la France fasse le choix d’y
contribuer activement.

Gaëtan Gorce

 

Par Gaetan GORCE
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Mercredi 28 mars 2007

Plus la campagne avance et plus ressort la différence de nature profonde qui
sépare les projets de Sarkozy et de Royal, permettant enfin au pays un vrai
choix.

Le premier désaccord porte sur les leçons à tirer de la crise civique dans
laquelle est plongé notre pays. Dans la défiance exprimée à l'égard de la
politique, Ségolène Royal a puisé la conviction de l'absolue nécessité de
refonder le Pacte Présidentiel sur la participation et l'adhésion des
citoyens. Il lui a fallu pour y parvenir utiliser de nouveaux vecteurs (les
forums participatifs), rôle que les partis, en retard de réformes, peinaient
à assumer.

Le projet de Nicolas Sarkozy est né au contraire d'un rapport : celui de
l'ancien président du FMI, Michel Camdessus, qu'il désigna immédiatement
comme son « livre de chevet ». La méthode n'est plus celle du débat mais de
l'argument d'autorité, asséné par un discours de dramatisation, destiné à
faire accepter des ruptures présentées comme inévitables. L'analyse et la
pédagogie cèdent alors la place à l'incantation ; la démarche n'est plus de
proposer d'ouvrir le débat avec le pays, mais d'inviter celui-ci à déléguer
le pouvoir, préférant le plébiscite à l'adhésion républicaine.

Le deuxième désaccord porte sur la source des difficultés de notre pays.
Réactualisant le discours conservateur, Nicolas Sarkozy fustige
l'irresponsabilité d'une société d'assistance et promet de n'aider que ceux
qui peuvent s'aider tout seul ; clamant sa confiance dans l'individu, il
invite celui-ci à trouver par ses seules ressources (oubliant les inégalités
qui affectent leur répartition) les solutions aux défis du travail, de la
promotion sociale ou du pouvoir d'achat. Faisant l'impasse sur les relations
collectives de travail, ignorant la précarité de l'emploi, il ramène le
droit du travail à celui du contrat, réinventant l'illusion d'un face à face
entre les personnes (le salarié et l'employeur), supposées à égalité de
droit et de devoir. Le revenu ne se négocie et ne se partage plus : il doit
se mériter.

Enfin, remettant au goût du jour la rengaine de l'Etat écrasant, il promet
une baisse des charges qui sonne, sans l'assumer, comme l'annonce d'une
réduction drastique des prestations sociales, oubliant du même coup que si
la France a un niveau de prélèvement plus élevé que la moyenne de l'UE,
c'est d'abord parce qu'elle socialise plus largement des dépenses
indispensables à la solidarité, en matière de santé et de retraite, que les
Français devront de toutes façon payer.

A ce défi, Ségolène Royal répond par une nouvelle vision du rôle de la
puissance publique. L'échec de l'Etat social est patent, elle ne le nie pas
: trop de chômage, une formation professionnelle qui oublie les plus
fragiles, des ruptures de droits, liées aux ruptures de statuts, des
dépenses croissantes pour une efficacité vacillante. Mais à la rupture elle
préfère le changement, c'est-à-dire la réforme : de l'assurance chômage, à
travers un contrat de droit et de devoir ; de la formation professionnelle,
qui doit prémunir les salariés contre les nouveaux risques de la
déqualification ; du financement qui doit, à taux de prélèvements constant,
faire participer fortement les revenus du capital. Sa conviction est que la
défaillance de notre système social ne tient pas à son principe même mais à
la coupure qui le sépare désormais du système économique. Elle attend d'une
nouvelle alliance du social, de l'écologique et de l'économique, une
cohérence cimentée par l'appel à l'innovation. Pour y parvenir, elle utilise
des idées neuves à gauche : l'efficacité de la dépense publique, le recul de
la dette sociale, la responsabilisation des citoyens. Mais c'est pour mieux
conforter son ancrage : la formation et l'élévation du niveau des
connaissances doivent contribuer à l'amélioration de la productivité, la
création de richesse et par conséquent à l'élévation du pouvoir d'achat ; la
réforme de l'Etat, à travers notamment la régionalisation, indispensable au
développement des formations, des nouvelles technologies et des grands
équipements donne un nouveau souffle au service public ; la lutte contre
l'endettement et la stabilisation de la dette sociale doivent garantir
l'avenir de nos systèmes de solidarité.

Le désaccord est enfin total sur le projet et la méthode.

Nicolas Sarkozy renoue avec le discours de l'autorité et confond le
volontarisme politique avec le rôle de l'état, paradoxe de ce partisan du «
laisser-faire » qui garde une réelle défiance vis-à-vis de la société et de
ses mouvements. La décentralisation est absente de son projet ; la
revalorisation du Parlement n'y figure que pour mémoire et le dialogue
social doit passer sous les fourches caudines des cent jours : service
minimum et limitation du droit de grève.

Ségolène Royal veut, à l'opposé, bâtir le retour de la confiance sur la
participation des citoyens : sa politique de l'emploi repose sur la
mobilisation des partenaires sociaux et des collectivités régionales ; la
réforme ne pourra être que progressive parce qu'associant ceux qu'elle
concerne pour dépasser les oppositions et les clivages. Le Parlement devra
pouvoir se faire l'écho des grands débats de société et garantir, par son
contrôle, le respect de la parole donnée, conforté par la suppression du
cumul des mandats.

Au total, les deux projets conduisent à deux modèles : les deux sont
possibles, mais ils n'auront pas les mêmes conséquences. A chacun d'entre
nous de choisir la France qu'il désire !

Gaëtan Gorce, Député de la Nièvre , Secrétaire national du Parti socialiste.

Vincent Delille, Economiste.

 

Par Gaetan GORCE
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Mercredi 4 avril 2007

Un cri persan

Eloigné pour un temps des machines de la communication moderne, mon ami
Gaëtan Gorce m’a demandé de le suppléer pour cette fois, ce que j’ai accepté
de fort bon gré. Suivre pour quelques jours une campagne élyséenne au pays
de Descartes me semblait une faveur inespérée. J’abandonnais sur l’heure les
plaisirs de la lecture et la quiétude de ma petite nation pour me plonger
dans votre politique avec ravissement. Je fus bien puni de cette légèreté.

Bercé par les roulis de mon voyage sur rail, je trouvais à Paris une gare en
tumulte, livrée aux vandales du Nord. A cette nouvelle, j’eus le sentiment
que la douce France de la chanson était désormais en proie aux tristes
violences d’un monde sans règle.

Ouvrant la télévision pour y trouver quelque réconfort, j’approuvais les
déclarations du candide de l’UMP, indiquant avec force mimiques, destinées
je suppose à faire partager son ire par les malentendants, que cela «
n’avait que trop duré ». Mais c’était aussitôt pour apprendre qu’il venait
tout juste de quitter le Conseil du Prince et que les années qu’il
stigmatisait ainsi étaient justement celles qu’il avait passées comme
ministre de la Police. Me revenait alors à l’esprit cette lettre que Usbek
m’avait adressée de Venise : « la bonne foi est l’âme d’un grand ministère »
y écrivait-il avec sagesse. Ma surprise devait heureusement un peu s’apaiser
lorsque le même candide m’expliqua, toujours dans l’étrange lucarne, avec
une louable pédagogie, les enjeux du débat présidentiel. Monsieur Sarkozy,
puisque c’est lui dont il s’agit, et qui porte avec aisance le prénom de
grands tsars, me donnait enfin l’explication de ce qui séparait les deux
camps en présence.

D’un côté, disait-il, et j’en fus rassuré, le candidat des honnêtes gens.
Son programme ainsi défini, mon soutien lui fut, comme il est de bon sens,
aussitôt acquis ! De l’autre, se plaignait-il, et mon indignation fut à son
comble, des candidats, Ségolène et François, n’hésitant pas à soutenir les
voyous et à leur trouver des excuses. Sa juste colère faisait plaisir à
voir. Le droit avait trouvé son défenseur et la lutte du bien contre le mal
ne pouvait avoir qu’une issue. Pourtant, prenant connaissance de ces
curieuses photographies de l’opinion, prises à contre jour et appelées
sondages, je sursautais à nouveau : Monsieur Sarkozy n’obtenait qu’entre 25%
et 30% des intentions de vote ! Les « honnêtes gens » étaient-ils devenus en
France si peu nombreux ? Et comment alors qualifier les autres ? Les heures
passant, et sachant que je devais rendre compte de mes impressions, je
sentais monter en moi une sorte de désarroi. Celui-ci fut à son comble
lorsque je prenais connaissance des déclarations d’un Puissant, dont j’avais
ouï dire qu’il avait occupé des charges importantes dans les Palais, qui
éructait depuis des terres lointaines (une distance de décence ?) contre une
école nationale d’administration que, dans son agitation, il proposait de
remplacer par un établissement identique, mais doté d’un autre nom.

Bouleversé, j’attendais avec impatience la fin d’un voyage que je regrettais
déjà d’avoir accompli et que j’avais eu tort de juger bien simple à résumer.
Je m’apprêtais à reprendre le rail lorsque j’entendis la présidente du
Comité de soutien de Monsieur Sarkozy (soutien dont j’avais la faiblesse de
penser qu’il devait s’étendre de sa personne à son projet) qualifier une de
ses propositions phares de « dangereuse, plus grave qu’une simple imprudence
». Il faut dire qu’en Important qu’il est, le candide de l’UMP avait associé
l’Etranger à une menace pour son pays, pays qui m’accueillait à l’instant et
où je me sentis soudain presque importun.

Aussi, j’interrogeais mon ami Usbek pour y comprendre, à plus de 250 ans de
distance, quelque chose. Sa réponse fut terrible et hâta mon départ : «  tu
sais, me dit-il, que j’ai longtemps voyagé dans les Indes. J’y ai vu une
nation naturellement généreuse, pervertie en un instant … par le mauvais
exemple d’un ministre ». Fort heureusement, me disais-je pour me
réconforter, il s’agissait d’un autre continent et de temps bien lointains …

 

Par Gaetan GORCE
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